Johanne B.de Passillé,artiste mosaïste. Charmée et fascinée par l'histoire, l'art et les techniques de la mosaïque. J'ai toujours été attirée par les jeux de couleurs. J'ai durant quelques années fait des teintures végétales et teint de la laine que je transformais par la suite. Outre le travail de création, cette activité en a été une de grande recherche sur les plantes indigènes tinctoriales du Québec ainsi que sur les techniques pour en extraire les pigments et à fixer la couleur sur les fibres de la laine. Peu de personnes au Québec ont cette expertise. J'ai aussi animé des ateliers de formation à la maison Sir Wilfrid Laurier à St-Lin. J'ai participé à des expositions pour vendre la laine que je teignais et les tricots que je faisais à partir de celle-ci. En 1980, j'ai obtenu une bourse du ministère de la culture pour documenter et répertorier les plantes tinctoriales de la région de Lanaudière. J’ai beaucoup d’expérience avec l'alchimie des couleurs, les recherches, la transformation des matières naturelles, le travail manuel et les créations artistiques. Sans m'en douter ce parcours va m'amener vers la mosaïque qui contrairement aux teintures naturelles végétales, leurs couleurs et leurs matières sont moins sensibles aux intempéries du temps et de la lumière.
C'est en 2003, en visitant la cuisine centenaire d’un ami qui fait de magnifiques armoires et comptoirs respectant le cachet ancien de sa maison il me vient l'idée de lui faire une mosaïque pour son comptoir de cuisine. Après 20 heures de travail , j'ai réalisé que je venais de traverser des moments de pur bonheur, en total disponibilité. Du doute de départ est surgie ma première mosaïque, un poisson. J'ai eu la piqûre. Une passion naissait... J'ignorais que ce poisson-passion me suivrait et m'inspirerait tout le temps. La matière avec laquelle il a été créé, lui permettra de traverser le temps dans la beauté, la durabilité et l'utilité.
Au fil de mes recherches pour en connaître davantage sur cet art et les techniques, je suis saisie par le monde artistique de la mosaïque et de son histoire à travers le monde et le temps. Je découvre toute la noblesse du travail des grands maîtres mosaïstes, de leurs oeuvres colossales qui recouvrent les Basiliques ou encore l'utopie de Gaudí avec le Park Güelle à Barcelone en Espagne... [1]« ... des artistes généreux qui ont éternisé leurs chefs-d’œuvre à l’aide du cristal et du marbre ? D’ailleurs la mosaïque nous a conservé intactes les traditions de la couleur, et en cela, loin d’être inférieure à la peinture, elle a sur elle un avantage que l’on ne peut nier : elle résiste à la barbarie des temps, comme aux outrages de l’air... »[2] Au départ interpellée par les matières, leurs couleurs, la lumière et les techniques, aujourd'hui je le suis tout autant par son histoire qui traverse le temps, les pays, les cultures, la modernité architecturale et le design.
[1] Park Guëll, Une Utopie de Gaudí, Joseph M. Carendell, Pere Vivas, 2005 Triangle Postals
[2] Les maîtres mosaïstes par George Sand (Aurore Dupin), La bibliothèque électronique du Québec, Collection À tous vents, Version 327: version 1.01. Ce roman fut publié dans la Revue des deux mondes en 1837
Je veux apprendre et je me m'inscris à un cours de mosaïque à l'atelier Phébus, rue St-Hubert à Montréal . Me voilà rassurée, j'aime vraiment travailler avec ces matériaux, j'apprends les techniques, j'approfondis mes connaissances sur l'histoire de cet art ancien, je partage et j'apprends avec d'autres. Je me sens comme un poisson dans l'eau. Depuis, je ne peux m'arrêter. La mosaïque me parle sans arrêt. Aussitôt que je commence un projet, un autre me vient à l'esprit et j'ai hâte de le réaliser. Je développe mes techniques et mon style, je découvre de nouveaux matériaux, je joue avec les couleurs et la lumière, j'acquiers de l'expérience et de l'assurance. Je suis toujours en quête de nouvelles idées et de nouveaux projets à réaliser. C'est ainsi que j'irai à la rencontre de la mosaïste en moi et à la découverte de cet art vieux de 5,000 ans.
À l'automne 2006, j'ouvre l'atelier C r é a t i o n s M o s ' a r t i s t e , pour partager ma passion et offrir le plaisir de créer, tout en initiant à l'art de la mosaïque dans une ambiance conviviale. Ainsi, d'autres Mos'artistes pourront perpétuer cet art ancien peu connu au Québec. J'ai aussi animé des ateliers d'initiation à la mosaïque dans le cadre scolaire auprès d'enfants d'âge primaire.
Depuis 8 ans maintenant, sans me fatiguer, je casse et je colle des tesselles, pour aller un peu plus loin à chaque jour avec ce bonheur que me procure l'art de la mosaïque. J’ai développé une expertise pour les techniques et les différentes matières pour l'intérieur ou pour l'extérieur des maisons, petites ou plus grandes. Je suis donc prête pour démarrer mon entreprise et générer des revenus stables à temps complet à plus long terme.
École des Granges, Pralognan la Vannoise, Alpes françaises.
À l'été 2010, je participe à un stage de perfectionnement en France avec le maître italien Verdiano Marzi.
Recréer la vie telle je l'imagine ...
Émerveillement, voilà le premier mot juste qui me vient pour qualifier ma rencontre et mon apprentissage avec ce maître mosaïste de renommé international. Au delà des techniques pour tailler et assembler les pierres que j'ai apprises et pratiquées durant ce stage, je rapporte en moi un cadeau aussi inestimable. Une rencontre humaine avec un artiste sensible, talentueux, chaleureux, généreux dans la transmission de son savoir, amoureux et respectueux de la matière. Verdiano Marzi a laissé en moi une marque de beauté, une porte ouverte pour la création dans toute sa splendeur, sa lenteur, sa rigueur. L'infiniment petit et l'infiniment grand. Un fort encouragement à poursuivre ma route sur les sentiers de la mosaïque au son de la marteline sur la matière, « avec émotions, passions, énergies, craintes et désirs. »
Verdiano Marzi m'a transmis sa relation au temps qui passe:
« Avec le temps qui passe, j’ai le sentiment d’être imprégné de strates sédimentées d’énergie, d’émotions, de craintes, de passions, de désirs. De plus en plus explicites, ces sédiments affleurent dans mon œuvre. Le premier, j’entrevois le monde minéral, magique, enfermé depuis des millions voire des milliards d’années, je taille dans les couches de cette vie si lointaine et les assemble avec des pâtes de verre de fabrication plus récente. Un mariage pour l’éternité. C’est la mémoire du geste habile qui, malgré l’inévitable manque d’élégance de l’acte de rompre, dévoile ces tesselles : minuscules et infinis microcosmes de matière mystérieuse qui semblent ressusciter. Le geste, encore, dispose ces microcosmes, suivant un langage entre la forme et la lumière, indissociables. Petites superficies polychromes ou grandes étendues comme des plages ou des océans sans fin, opaques ou transparentes, translucides, les tesselles se métamorphosent dans l’ivresse de la lumière. Image essentielle, relative et fragile sous l’épaisseur d’une apparente force, la mosaïque est un hommage à la lenteur.»
Réflexion de Verdiano Marzi publié sur le site de M comme mosaïque ... pour la promotion de la mosaïque contemporaine.
Son livre « Secrets d’atelier : la mosaïque » a été publié chez Solar en 2005.
Maître mosaïste incontesté sur la place internationale
Triptyque - Vol, Soleil, Chute d’Icare de Verdiano Marzi
Verdiano MARZI tient sa solide formation artistique de l'Académie des Beaux-Arts de Ravenne, sa ville natale, berceau de la mosaïque byzantine. Il vit en France depuis 1973. Sa rencontre avec Riccardo Licata en 1974 à l'école des Beaux-Arts de Paris est déterminante pour la suite de sa carrière de créateur de mosaïque contemporaine. Auteur de nombreuses mosaïques monumentales, il s’exprime aussi avec talent dans la sculpture. Il enseigne la mosaïque en région parisienne depuis 1975 et à Paray le Monial. Il a créé, et anime depuis 1994, l’atelier « L’Image fragmentée, la mosaïque » du Musée du Louvre, et effectue des travaux de restauration de mosaïques anciennes .
Il a reçu le Prix du Premio Murano, concours international sur l'art du verre à Venise, en 1987, et le Grand prix régional des Métiers d'art à Paris en 1990.